D’une tête à l’autre

D'une tête à l'autreLa question du pourquoi?

Avez-vous l’habitude de vous poser la question du pourquoi avant de parler? Êtes-vous conscient que la parole est une arme et un seul mot peut changer une vie ou détruire l’existence de milliers de gens.Quand vous prenez la parole, quand vous parlez, pourquoi vous le faites? Que voulez-vous atteindre quelque soit la forme de votre communication?

Pour moi communiquer signifie transférer une idée, une image, un sentiment, une pensée d’une tête à l’autre afin de…

faire agir, réagir votre interlocuteur, le destinataire de votre message. Transférer une idée dans la tête d’autrui n’est pas simple, cela exige le concours actif du destinataire. Comment s’y prendre? Comment le faire de manière humaine, efficace, ordonnée?

Le transfert d’une idée d’une tête à l’autre

En imaginant que toute communication a pour objectif un transfert de votre tête dans la tête du destinataire de votre message, vous serez en mesure de prendre en compte la dimension, l’étendue, l’importance de vos messages et paroles. Il ne s’agit pas tout simplement de mots, il s’agit d’idées qui peuvent changer le monde. Car rappelez-vous la manière de penser influence la manière d’agir et les résultats.

Ancrer un nouveau savoir, une idée, une nouvelle connaissance, une nouvelle manière de voir en autrui ne peut se faire par la force ou sur simple appel. Un être humain ne peut être formé, il se construit lui-même au contact des autres et l’ancrage d’une idée ne peut se faire par une autre personne, cela doit se faire par chaque personne elle-même.

Dans chaque situation de communication vous avez en face de vous une ou des personnes qui ont des modèles différents, car un vécu différent, des expériences différentes, même s’il s’agit d’une personne qui est tout proche de vous. En plus une situation d’entretien n’est jamais la même, car elle est influencée par le vécu et l’expérience des moments qui précèdent l’entretien et les suppositions que les uns et les autres font en fonctions de ce que chacun a en lui.

Alors qu’allez-vous rencontrer lorsque vous cherchez à établir une communication, à passer une idée de votre tête dans la tête d’un interlocuteur? Tout est ouvert, tout est possible et il y a très peu de chances que vous allez trouver le même modèle que le vôtre dans la tête de votre interlocuteur. S’il pense autrement, il agira autrement, c’est à dire non pas comme vous l’imaginez.

Votre interlocuteur peut donc avoir un autre avis, voir les choses autrement que vous, ne pas vous suivre dans votre analyse de la situation, du problèmes, de l’action que vous envisagez. Alors comment vous faire comprendre?

Concentrons-nous ici sur la question: “Comment faire pour mieux réussir à passer une idée de votre tête dans celle d’autrui.? Comment faire adhérer autrui à vos idées?

Avant d’y répondre posons encore la question: “Pourquoi est-il si important qu’autrui vous suit dans votre idée? Est-ce nécessaire? Est-ce utile? Est-ce indispensable? Est-ce le moment?”

Le transfert d’une tête à l’autre

Chaque être humain a ses propres modèles d’une situation, d’une idée, d’une action en fonction des expériences vécues. D’autre part vous savez que l’être humain a tendance à défendre ses modèles, sa structure de pensées avec plus ou moins de force. Vous devez donc vous attendre à des réactions de défense de la part de votre interlocuteur ou a des réactions émotionnelles dynamisantes ou limitatives. Si le thème, le sujet, lui inspire des dangers, il ressent des craintes, des peurs, du déplaisir. Si par contre le thème, le sujet lui inspire un espoir longtemps attendu, il peut également réagir de manière exubérante, avec un enthousiasme débordant.

De telles réactions spontanées, directement issue de notre inconscient réduisent la capacité d’analyse de la réalité et doivent être maîtrisées. La tendance humaine à une créativité inadéquate, à l’indiscipline, à une sensibilité exagérée doit être contenue, car elle conduit à un détachement de la réalité. Et tout détachement de la réalité accroît le risque de conflits et d’erreurs.

Comment éviter les risques d’un détachement de la réalité?

Voici quelques points à observer dans toute communication:

  • Ce que vous communiquez à priori c’est le modèle que vous vous faites de l’idée, de la situation, du problème, de la réalité. Votre interlocuteur a forcément un autre modèle en tête.
  • Pour que autrui puisse vous comprendre, il faut communiquer votre modèle de manière ordonnée, véridique et précise.
  • Vous ne pouvez former la manière de penser de votre interlocuteur, c’est lui qui développe sa manière de penser. Il interprète aussi ce que vous venez de lui communiquer à travers ses propres modèles.
  • Chaque être humain désire être entendu, reconnu et compris. En cas de non respect de cet aspect de la nature humaine, tout entretien risque de se muer en entretien conflictuel.
  • En communiquant une idée à autrui vous communiquez votre modèle, modèle qui est aussi imparfait que le modèle de votre interlocuteur.

Se défendre.

Vous aussi avez la tendance humaine de défendre vos modèles, votre structure de pensées. Vous aussi vous avez des craintes, des peurs, des déplaisirs au cas ou votre point de vue ne trouve pas grâce devant votre interlocuteur. Par exemple la peur de ne pas être compris, de ne pas être apprécié à votre juste valeur, que votre opinion ne soit pas reconnu, que votre interlocuteur ait une piètre opinion de vous, qu’il vous dévalorise.

Souvent on croit qu’en insistant, en répétant son message, en lançant des appels à la logique, en invitant son interlocuteur de voir la réalité, le message passe, mieux, mais on oublie que le but est de faire adhérer autrui, et ce n’est pas possible de cette manière. Face à la pression, à l’insistance, votre interlocuteur commence à se défendre.

Donc dans une relation de communication la spirale des comportements défensifs n’est jamais très loin et le risque que la communication dérape et vous empêche de passer votre idée dans la tête de votre interlocuteur est de plus en plus grand. Multiplier les appels ne donne pas de meilleurs résultats, accroître la pression, recourir au dénigrement non plus. Votre objectif n’est pas atteint.

Evitez le climat conflictuel

Face à une idée contre intuitive ce n’est pas un climat conflictuel qui accroît vos chances de recevoir l’approbation que vous cherchez et qui conduit votre interlocuteur à modifier ses propres modèles, sa structure intérieure de pensée ou de comportements. Par ses réactions de défense il s’oppose à votre intrusion.

Il faut, si vous désirez avoir du succès dans votre dessin de transférer une idée de votre tête dans celle de votre interlocuteur, arrêter le comportement inadéquat de votre interlocuteur et le ramener à une attitude qui permet d’explorer la situation, l’idée, le problème, la réalité sans danger pour lui. Il ne doit pas avoir peur de s’ouvrir, de donner accès à votre manière de voir. S’il s’imagine être en danger, il n’acceptera jamais cette manière de voir la chose.

Il est probable que les peurs n’ont rien à voir avec la situation, mais avec les idées que votre interlocuteur se fait des conséquences d’une situation sur lui ou sur ses proches. L’Homme est créatif, ses pensées dépassent souvent la situation immédiate. Des chaînes de pensées se mettent en route du type il y a restructuration, cela signifie donc licenciements et si c’est moi qui perd mon boulot, je devrais vendre mon appartement, à mon âge on ne trouve plus de boulot, je vais me trouver sur la paille…..

Ou encore une attitude indisciplinée, la situation n’est pas analysée, des préjugés, des jugements hâtifs font leur apparition et déclenchent des réactions de peurs irrationnels.

Ou encore une attitude de sensibilité exagérée, je sens une restructuration comme une trahison face au personnel qui s’est tant investi durant les dernières années difficiles.

Toutes ces réactions conduisent vers un rejet de l’idée, du problème, de la situation. des réactions de défense se mettent en place.

Rappelez vous un comportement adéquat ne peut être instruit ni par un acte d’agression ni par un comportement défensif, ni par des appels, car la défense induit la défense et un comportement inadéquat.

Accepter une idée contre intuitive n’est jamais facile pour le récepteur et si en plus votre message lui arrive tronqué, alors la situation peut devenir critique.

Alors comment procéder? Approche structurée, ordonnée

Vous avez déjà pu voir dans un autre billet comment il faut faire pour arrêter les réactions de défense. Alors utilisez ces outils pour créer un climat propice au dialogue et à l’exploration et procédez ensuite comme suit:

Les conditions de la compréhension:

Nous partons de l’hypothèse que les deux intervenants veulent véritablement comprendre le thème, la situation, l’idée qui est mis en discussion. Les conditions nécessaires pour une bonne recherche de compréhension doivent être:

  • L’émetteur a le droit d’admettre que ces interventions, ces déclarations soient considérés comme sensées.
  • Le récepteur a le droit d’admettre que ces interventions, ces déclarations et ses questions soient considérés comme sensées.
  • Le récepteur a le droit de poser plusieurs fois, jusqu’à 5 fois la même question. A partir de la troisième fois il a le droit de demander une autre explication.
  • L’émetteur a le devoir de répondre jusqu’à 5 fois de manière ordonnée aux questions – L’émetteur a le devoir d’essayer chaque fois de modifier ses explications et de s’adapter à la mentalité du récepteur. – L’émetteur ne devrait pas prendre cela comme un exercice de patience, mais plutôt * Chacun a le devoir de tout faire pour comprendre l’autre. Une telle communication a pour but la recherche de la réalité dans toute son étendue et sa profondeur.

La compréhension de la réalité est maximale si tous les interlocuteurs s’accordent sur une situation, une idée, un thème, qu’ils en font la même description, qu’ils voient les mêmes conséquences, tenants et aboutissants. Si tel n’est pas le cas, les modèles et les réalités ne correspondent pas encore et l’exploration pourrait être poursuivie.

Il faut en plus se rappeler que notre cerveau a une capacité limitée de retenir les choses en particulier si elles ne sont pas organisées, structurées, ordonnées. Alors essayez d’organiser votre modèle de manière à faciliter la compréhension.

Notre impatience de vouloir comprendre, de vouloir avancer peut rapidement transformer notre entretien consensuel en entretien conflictuel. Pour réduire ce risque nous avons fixé quelques règles à observer pour faciliter le processus de la bonne compréhension. De cette manière, à travers le va et vient de la démonstration des modèles internes face aux idées et situations il sera possible aux intervenants d’approcher successivement la réalité d’une situation dans toute son étendue et sa profondeur et d’adapter leurs propres modèles intérieurs à cette réalité.